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Réunion des médiatrices de l'association Espoir pour demain. |
Elle est belle, pommettes rondes, sourire et boubou éclatants. C’est la première chose qui m’a frappée, quand je l’ai rencontrée. Tellement loin des clichés qui collent encore au sida.
Aïsha* a 27 ans. Elle est séropositive. Elle l’a appris il y a quatre ans.
« Je me suis mariée à 20 ans. Avant la cérémonie, j’ai fait le test de dépistage du sida. Il était négatif. Mon futur époux, musulman, a refusé. Il est tombé malade peu de temps après. J’ai refait le test en 2007, lors d’une consultation prénatale, alors que j’attendais des jumeaux. Le médecin ne m’a pas donné le résultat, il m’a demandé de faire un deuxième prélèvement. J’en ai parlé à mon mari, qui m’a interdit de retourner à la pesée (consultation prénatale). Je lui ai obéi. Mes jumeaux n’ont pas survécu.
Lui était de plus en plus malade, il ne parlait plus. Je l’aidais à prendre ses médicaments sans savoir de quoi il souffrait. Mais j’avais besoin de comprendre, alors un jour, en 2009, je suis retournée au centre de dépistage. Le test était positif. J’ai pleuré, pleuré, sur la route de l’hôpital jusqu’à la maison. Je pensais que j’allais mourir. Mon mari a reconnu qu’il était infecté, que les médicaments qu'il prenait étaient des ARV (antirétroviraux). Il est décédé peu après.
Une femme rencontrée à l’hôpital m’a emmenée à l’Association Espoir pour demain (AED), qui s’occupe des enfants et des mères infectés. J’y suis retournée tous les jours. Là-bas, chacun parle de son expérience avec la maladie. J’ai compris que je n’étais pas perdue, que si je prenais bien mes ARV, je pourrais continuer à vivre normalement. Quand on est ensemble, c’est facile de libérer ce qu’on a sur le cœur. Parfois, on oublie même qu’on est malade.
Je me suis remariée à un homme infecté lui aussi, rencontré à l’association. Nous sommes sous traitement tous les deux, nous allons bien. Notre petit garçon de 16 mois est séronégatif. »
Aujourd’hui, Aïsha fait partie des médiatrices d’AED. Ces femmes – pour certaines séropositives comme elle – sont envoyées par les associations de malades dans les hôpitaux pour sensibiliser au dépistage et accompagner les patients vivant avec le VIH. Elles ont aussi la tâche délicate d’annoncer le résultat du test. Pour convaincre le malade de ne pas renoncer, Aïsha témoigne parfois de sa vie avec le VIH.
« Quand la personne en face de moi est sous le choc, j’explique que moi aussi, je suis infectée, mais que je suis en bonne santé car je respecte bien le traitement. Parfois, je prends même mes produits (ARV) dans la salle de consultation. Je dis : regarde, ce n’est pas compliqué. Alors, souvent, la personne reprend courage. »
Ce secret ne doit cependant pas passer les portes de l’hôpital ou de l'association. Seuls les parents d'Aïsha et ses sœurs sont au courant de sa maladie et la soutiennent. Les autres, tous les autres, ne doivent pas savoir. « S’ils l’apprennent, ils refuseront de boire ou de manger avec moi, ils m’insulteront dans la rue. »
Sur ce terrible sujet, je vous conseille vivement le très beau livre-témoignage de Sœur Marie Stella, "Vivre dans l'espérance". Elle est togolaise.
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