Indépendance
«
La vie des femmes chez nous, là, c’est pas facile. C’est la
femme qui s’occupe des enfants en plus de ses activités à l’extérieur, c’est
souvent elle aussi qui doit ramener l’argent à la maison pour le foyer, les enfants,
la nourriture. Les hommes participent rarement à ces dépenses. Ce qu’ils font
de leur argent, ça on ne sait pas.
Nous, les Burkinabées, nous avons trouvé la situation comme
ça quand nous sommes nées : nos pères avaient pris deux ou trois femmes,
ils ne pouvaient pas s’occuper de tout le monde, donc les femmes étaient
obligées de travailler pour nourrir leur famille. Ça ne veut pas dire qu’elles
avaient le droit de sortir : elles devaient faire leurs petits commerces
devant leur porte.
Ma maman a deux coépouses. Elle s’est
toujours battu, elle a toujours cherché à gagner sa vie, même si mon
père était chef d’usine dans la transformation d’ananas en Côte
d’Ivoire. Aujourd’hui encore, malgré la vieillesse, elle continue à fabriquer
et à vendre la pâte d’arachide chez elle.
Moi j’ai commencé à travailler à 24 ans, à Ouagadougou. Je
venais d’arrêter l’école, en 3e, parce que j’étais tombée enceinte. J’étais
employée par des Chinois pour vendre des médicaments dans une boutique. J’avais
ma liberté, je voyageais… Mais le père de mon enfant, mon futur mari, n’était
pas d’accord. Il voulait que je reste à la maison. Moi, je savais qu’avec le
temps, il allait faire des difficultés pour me donner l’argent pour mes dépenses
personnelles.
Après nos fiançailles, il est parti quatre ans en Allemagne
travailler comme cuisinier dans un restaurant. Je pensais qu’à son retour, sa
mentalité aurait changé, qu’il allait m’encourager. Mais non, il avait gardé
l’esprit africain, il pensait que si je sortais, des hommes allaient me courir
après. On a beaucoup discuté, mais il n’a pas pu me convaincre. Entretemps
j’avais pu avoir ma propre boutique, où je vendais des pagnes, des boissons… Je l’aimais mais il y avait certaines conditions que
je ne pouvais pas accepter. J’étais bien dans ma peau comme cela. Il a fini par
me laisser faire.
»
Mariage forcé
« J’ai grandi en Côte d’Ivoire, où mes parents vivaient, comme
beaucoup de Burkinabés. La culture, la manière de vivre sont différentes
là-bas, on est plus libres. On s’habille bien, avec de jolis pagnes. Et puis on
n’a pas peur de s’exprimer. Un jour, un ami a dit à propos de moi : "Les Ivoiriennes, leur bouche ne porte pas caleçon."
(Traduction : elles disent tout ce qu’elles pensent.)
Enfant, j’ai échappé au mariage forcé. A 2 ans, j’avais été
envoyée chez la mère de mon père au village, au nord de Ouagadougou, car elle se
sentait seule. Un vieux m’avait repérée, il disait à ma grand-mère qu’il voulait
me donner à son fils. En fait, je crois qu’il me voulait pour lui... Quand
j’avais 8 ans, mon père m’a ramenée en Côte d’Ivoire, pour me scolariser.
Lorsque j’étais en 6e, nous sommes rentrés au
Burkina, à Ouaga, avec ma mère. Le vieux du village est revenu, il a envoyé son
fils, essayé de m’amadouer. Heureusement, mon père était contre le mariage
forcé. Et j’étais sa première fille. Pourtant, il a quand même dû accepter de
marier sa deuxième fille au fils de ce monsieur, pour ne pas causer de
problèmes entre les deux familles. Ma demi-sœur a donc pris ma place. Mais elle
ne m’en veut pas. Son mariage se passe bien.
J’ai quatre enfants de 20, 16, 12 et 7 ans. Ce dont je rêve
pour eux, c’est qu’ils réussissent : qu’ils aient un bon travail, qu’ils
soient à l’aise, qu’ils réalisent leurs rêves. S’ils vont bien, je vais bien
aussi. L’aîné veut devenir pilote d’avion. Moi, quand j’étais jeune, je rêvais
de devenir sage-femme. »
Polygamie
« La polygamie a diminué au Burkina, mais elle existe
toujours. Même les jeunes de nos jours veulent prendre deux femmes dès qu’ils
commencent à avoir de l’argent.
Un ami m’a dit dernièrement qu’il voulait prendre une
deuxième femme car la première n’a eu que des filles, il me demandait conseil.
Je lui ai dit : "Tu es fou ! Un garçon, une fille, c’est
pareil. Aujourd’hui, ce sont même plus les filles qui aident les parents." Le
problème, c’est qu’il vient de gagner beaucoup d’argent en louant un terrain.
Mais l’argent peut finir… Et c’est difficile pour les femmes de s’entendre.
Depuis ce jour, il ne m’a plus donné signe de vie. Mais s’il
ne m’appelle pas, je le ferai car le débat n’est pas terminé.
Mon mari, lui, assure qu’il ne veut pas de deuxième femme.
Mais il ne faut pas faire confiance à l’homme, il peut avoir des amis qui lui
mettent de mauvaises idées dans la tête. Dans la vie, il faut t’attendre à tout,
comme ça tu peux tout supporter. Alors je l’ai prévenu : "Tu peux prendre
une deuxième femme, mais moi je reste dans ma cour avec mes enfants, et elle tu
la mets ailleurs, on ne va pas vivre ensemble." Il doit y avoir égalité. Le
reste, c’est son problème. Du moment qu’il ne m’empêche pas de faire mon
commerce...
Ici, on ne divorce pas comme chez vous. Si tu ramasses tes
bagages parce que ça ne se passe pas bien avec ton mari et que tu retournes
chez ta maman, tu la tues, elle ne sera plus respectée. Plus personne ne
l’écoutera car on dira : "elle, sa fille n’a même pas su garder son
foyer"…
Donc nous sommes obligées de nous soumettre malgré nous.
»
Merci beaucoup pour tous ces beaux témoignages très émouvants. Lors de courts séjours en Afrique, j'avais déjà eu le sentiment que ce sont les femmes qui "portent" l'Afrique. On se rend bien compte à travers ce blog que c'est encore plus que cela : elles portent et supportent pour pouvoir vivre et donner le meilleur à leurs enfants.
RépondreSupprimerQu'elles sont fortes ces femmes africaines !
Nous avons beaucoup à apprendre à les écouter.
Anne
Merci pour ces témoignages.....j aimerai passer en contact privé avec vous.;je suis une femme de belgique....j ai une amie à Ouaga....
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