« J’ai appris que j’étais séropositive il y a neuf ans. On m’avait conseillé de me faire dépister parce que j’étais souvent malade. J’ai beaucoup pleuré quand j’ai su. Mon mari venait de mourir (du sida), il ne se soignait pas. Ma famille vit loin, au village. J’étais seule avec mes trois enfants. Qu’est-ce que j’allais devenir ? »
Nathalie*, 38 ans, habite avec trois de ses quatre enfants à
la lisière de Bobo Dioulasso. Derrière les champs de maïs, juste avant la
brousse.
Au début, elle n’avait pas besoin de prendre des
antirétroviraux (ARV), son taux de CD4 (cellules du système immunitaire) était
bon. Elle était seulement soignée contre les maladies dites
« opportunistes ». « J’allais mieux. Alors, je me suis dit que
ce n’était pas vrai, je n’avais pas le sida. Mais peu de temps après, j’ai
commencé à maigrir. J’ai appelé l’hôpital et on m’a donné des produits
(ARV). »
Tous les trois mois, Nathalie se rend à l’hôpital pour un
rendez-vous médical et pour récupérer ses ARV, fournis gratuitement. Elle part
tôt le matin, marche plusieurs heures, sa fillette d’un an dans le dos, et
revient à la nuit tombée.
« Seules une amie et ma fille aînée, qui vit à Ouagadougou,
sont au courant que je suis séropositive. Si tu le dis autour de toi, tu ne vas
plus gagner à manger, on va te montrer du doigt. Mon mari n’est plus là, je
n’ai personne pour me soutenir. Mes voisins se doutent, alors ils font comme si
je n’étais pas là, ils ne me regardent même pas, ne me disent pas bonjour. Ce
que j’ai souffert, ça ne peut pas se dire. Je suis contente quand la médiatrice
de l’association Espoir pour demain vient me voir, cela me soulage. Si les voisins me
posent des questions, je dirai que c’est ma sœur qui est venue me rendre
visite. »
Pour faire vivre sa famille, Nathalie « se
débrouille » avec rien : devant sa maisonnette d'une pièce unique en banco, sèche sa maigre récolte d’arachides et de haricots. Quand elle parvient
à se faire embaucher pour aider dans les champs, elle peut gagner de quoi ajouter un peu
de sauce aux haricots. Aujourd’hui, elle n’a pas d’argent pour préparer la
sauce.
Incapable de payer son loyer (4000 francs CFA, 6 euros),
elle vit avec la crainte d’être jetée dehors avec sa famille.
« Je me demande souvent : qu’est-ce que j’ai gâté
chez Dieu pour qu’il me donne une telle souffrance ? Est-ce qu’un jour je
serai parmi les gens heureux ? »
Son petit garçon rentre de l’école. Il a 9 ans. Nathalie n’a
pas fini de payer les frais de scolarité. Il a de grands yeux doux et curieux.
Il salue poliment les visiteuses. Sa maman nous dit dans un souffle qu’il est
infecté.
Il prend sa petite sœur dans ses bras. Nathalie l’allaite
encore, malgré les risques de contamination. Que pourrait-elle faire
d’autre ?
Elle ne dit pas un mot sur le père du bébé.
* Le prénom a été modifié.

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