« Je suis cultivatrice dans le village de Kouka, à une
centaine de kilomètres au nord de Ouagadougou et, depuis plusieurs années, je
pratique l’agroécologie, c’est-à-dire une agriculture plus saine et qui
respecte mieux nos ressources naturelles. Avec l’association AIDMR (1), pour
laquelle je suis animatrice dans les villages de mon secteur, on a d’abord travaillé
sur l’aménagement des sols dégradés avec des fosses fumières, des cordons
pierreux, le zaï (2), des diguettes, et en plantant des arbres et des pépinières,
sans savoir qu’on faisait de l’agroécologie. Puis à partir de 2011, on s’est
perfectionné grâce à des formations de Terre et Humanisme, l’association de
Pierre Rabhi.
Chez nous, les femmes ne possèdent pas les terres, mais nos
maris acceptent en général de nous donner un peu de terrain pour faire nos
champs. J’ai créé un champ d’expérimentation, un huitième d’hectare où je fais
du compost aérobie, du zaï, des aménagements pour économiser l’eau, séparés par
des lignes de grosses herbes (andropogon) pour ralentir la vitesse de l’eau de
pluie et l’érosion, entourés des haies vives pour limiter le vent.
Je fais le zaï jusqu’à la limite de mon compost, car je n’ai
pas beaucoup d’animaux. Au moment des récoltes, l’espace est très différent des
autres champs. Dans certains endroits, le zaï a tellement bien marché que l’herbe
a poussé partout, on se croirait dans un bas-fond.
Grâce à ces techniques, mes cultures – sorgho blanc,
haricots, petit mil et oseille – donnent beaucoup plus qu’avant. Je dépense
moins (pas d’engrais chimiques ni de pesticides), je suis autonome, et je mange
sain. C’est vrai, ça demande beaucoup de travail physique. Au début, c’était
très dur parce qu’il a fallu faire des diguettes en pierres, sous le soleil. Mais
pendant la saison des pluies, j’ai plus de temps pour cultiver autre chose, des
arachides ou du sésame pour payer la scolarité des enfants.
Aujourd’hui je suis à l’aise. Même si je n’ai pas beaucoup
d’argent, j’ai assez pour nourrir ma famille, c’est le plus important, et pour scolariser
mes sept enfants qui sont encore à la maison. Mon mari est décédé en 2011.
C’est difficile de faire tout ça toute seule, à 49 ans. Heureusement, mon fils
aîné exploite avec moi, je l’ai formé, et mes autres garçons m’aident pendant la
saison des pluies.
Mon travail attire beaucoup de paysans des villages autour.
Quand ils visitent mon champ à la fin de la saison des pluies, beaucoup veulent
apprendre à faire comme moi. En 2011, j’accompagnais dix villages pour former
les paysans, aujourd’hui j’en suis à quatorze, et je ne peux pas satisfaire
toutes les demandes.
Toutes les femmes ne peuvent pas devenir animatrices. Il faut
l’accord de ton mari pour pouvoir partir à droite à gauche. J’ai eu de la
chance : le mien a accepté. Et puis, ça dépend de l’investissement de ton
cœur au travail. Moi, si je ne m’étais pas engagée là-dedans, aujourd’hui je n’aurais
pas toutes ces connaissances. »
(1) L'Association interzone pour le développement en milieu rural œuvre
à la diffusion des pratiques agroécologiques, pour une meilleure gestion des
ressources naturelles et l’autonomie alimentaire des paysans.
(2) Technique
agricole consistant à semer dans des trous qui concentrent eau et fertilisants
par ruissellement.